Société civile, mouvements sociaux et coopération internationale

Thématique générale :
Depuis une petite vingtaine d'années les références à la société civile se sont multipliées dans les politiques et programmes des organismes internationaux de coopération et cette notion a retour dans les centres de recherche. Sa généalogie dans les sciences sociales est certes longue mais aussi caractérisée par de longs moments d'absence et son retour est aujourd'hui objet de débats importants et de fortes controverses. Hegel, Marx, Tocqueville, Gramsci, Polanyi, Havel, Habermas, peuvent bien sûr être convoqués mais la généalogie intellectuelle de cette notion n'épuise l'explication de ses effets concrets dans les idéologies et surtout dans les pratiques sociales et politiques contemporaines. Au sud, et en Afrique en particulier, où le développement tend vers une politique de réduction de la pauvreté sous contrainte multilatérale très forte, les OSC occupent aujourd'hui un vaste champ qui s'étend bien au-delà des ONG (que l'on compte déjà par dizaines de milliers et dont on connaît les faiblesses : associations de développement, associations religieuses, associations financières décentralisées, mutuelles, associations de parents, mutuelles ethno-régionales. Les « arènes locales du développement » aujourd'hui insérées dans des tissus globalisés se sont considérablement complexifiées. On ne compte plus, depuis la période de transition des années 90, le nombre d'acteurs - courtiers du développement se réclamant de cet espace particulier, coincé au Sud entre un marché au fonctionnement souvent imparfait et un Etat réformé mais toujours en place dans le concert du développement. Mais qui sont ces acteurs ? Quel est leur rôle dans les pratiques du développement ? En quoi leur analyse sociologique permet-elle de relativiser les nouvelles doctrines de coopération et d'aide qui y voient aussi bien un support de démocratie, qu'un gage d'efficacité qu'un laboratoire des nouvelles contraintes d'empowerment et d'accountability. De quoi ou de qui tirent-ils leur légitimité et leur capacité d'action ? Quelles sont les conséquences de leur prolifération dans le champ du développement et au-delà dans le champ politique. L'existence empirique d'organisations induit-elle l'existence d'une société civile. Peut-on parler de société civile dans des sociétés aux Etats faibles pour ne pas dire inexistants (comme c'est le cas de certains pays africains) ? De même, en raison de la « Revolution Associative Globale » (Anheier et Salamon, 1997) des années 90, certains auteurs perçoivent aussi l'essor d'une société civile globale. Cette expression est-elle adéquate ?
Dans l'immense mouvance associative, africaine en particulier, les recherches du GRAP se focalisent pour l'instant sur les OSC actives dans le secteur de l'éducation et au niveau des MAS-Mutuelles de santé. Ces OSC seront donc objet d'une attention toute particulière mais pas exclusive.
L'objectif de cette formation est triple.
Il s'agira tout d'abord de cerner plus finement cette notion de société civile en dégageant tout d'abord les différentes conceptions (organisation politique de la Cité ; contre-pouvoir et lieux de résistances sociales et politiques face à un régime despotique ; tiers-secteur générateur de nouveaux liens sociaux) que cette notion a revêtu à travers le temps. Sur base de cet héritage et des lectures contemporaines (e.a. : Cohen & Arato, 1997 ; Edwards, 2004 ; Walzer, 1997) on construira un premier modèle d'analyse des sociétés civiles insistant sur trois dimensions (associative, représentations collectives et espaces publics).
On tentera également de retracer l'évolution de cette notion et de ses acteurs dans l'évolution des politiques et pratiques du développement, des stratégies modernisatrices des années 50 et 60 au nouvel ordre développeur international articulée autour de la lutte contre la pauvreté (DSRP, OdM) et l'aide budgétaire. On cherchera ici à comprendre, à travers des études de cas (Bénin, RDC...), comment localement la société civile est appréhendée et quel rôle ses acteurs jouent aujourd'hui dans les arènes locales du développement.
Enfin, on cherchera à appréhender, au-delà du champ stricte des pratiques du développement, comment cette notion de société civile et les pratiques des acteurs qui s'en réclament s'inscrivent dans une étude plus large du changement social au Sud à travers le potentiel renouvellement des élites politiques et économiques, l'articulation éventuelle des organisations de la société civile aux mobilisations collectives locales et internationales, le développement d'une classe moyenne urbaine investissant le « social » dans un contexte de globalisation économique et de refondation du compromis post-colonial.
Deux dimensions seront privilégiées :
Le rôle des acteurs globaux extérieurs (ONG, Agences multilatérales, agences nationales et régionales de coopération) dans la naissance et les dynamiques des acteurs associatifs au Sud.
La question des rapports entre formation d'une société civile et mouvements sociaux aujourd'hui très vivement discutée.
Objectifs :
Les objectifs sont conçus en raison de la nature de l'exercice :
Fournir des bases théoriques aux doctorants
Confronter des thèses différentes et permettre aux étudiants d'en discuter la portée et les limites
Fournir les bases d'une approche à la fois constructiviste et empirique des OSC et de leur rôle dans le développement en présentant des programmes de recherche empirique et en discutant les méthodes d'investigation.
Mettre les doctorants en contact avec des chercheurs et réseaux de recherche internationaux.
Fournir aux étudiants une opportunité de fournir un feed back collectif sur les présentations et débats suscités par celles-ci.
Fournir l'opportunité d'une rédaction d'une synthèse critique de débats scientifiques (par duos)
Organisation :
La formation en trois journées :
Remise préalable d'un portefeuille de lecture
Jours 1 séminaire thématique du GRAP OSC : papiers présentés par des chercheurs du GRAP OSC et des chercheurs étrangers associés. Le premier jour étant consacré à une approche générale des OSC et des problèmes posés autour question de la régulation.
Jour 2 séminaire thématique du GRAP OSC : papiers présentés par des chercheurs du GRAP OSC et des chercheurs étrangers associés. Ce second jour est consacré d'une part à la thématique APE et régulation du secteur éducatif : enseignements des recherches de terrain au Congo et au Bénin et d'autre part à la thématique MAS-MUT du point de vue de la régulation (Bénin Burkina Faso)
Jour 3 : séance de restitution et de debriefing avec les étudiants et des professeurs et chercheurs spécialistes des champs « éducation » et « santé »
Evaluation
Le doctorant sera évalué par l'équipe animatrice sur base:
- de sa participation active et personnelle aux deux jours du séminaire GRAP et au troisième jour de synthèse
- d'un travail de synthèse (en duos) remis deux semaines après la journée de synthèse
(jour 3) portant sur la mise en perspective du portefeuille de lecture à la lumière du séminaire.